L’audace des fondateurs

Les premiers volontaires, dont Charles Gielen, avaient collaboré à un service d’accueil pour expatriés revenus au pays d’urgence suite aux événements de la révolution congolaise de juillet 1960. Une assistante sociale les avait rejoints. Ils s’installent au 21 rue du Boulet à 1000 Bruxelles le 2 janvier 1961 où existaient un service social local et un service s’occupant (déjà) de réfugiés politiques et d’immigrés, puis au 24 rue du Boulet (Kogelstraat en néerlandais) où se trouvait une maison pour sans abris.

Bref, un service social polyvalent ou une « polyclinique sociale » vient de se créer, à l’image de dispositifs analogues existant à l’étranger autour d’un téléphone.

Le nom Télé-Service était tout trouvé : appelez et on vous prend en charge. Très vite, il se révélera « laboratoire social » ou ruche bourdonnante d’initiatives et d’activités.

Le Moniteur belge du 11 novembre 1961 annonce la création sous le n° 4102 de l’asbl « Télé-service, en langue néerlandaise « Télé-Dienst ».

Charles Gielen développe aussi une philosophie toujours bien actuelle : « ll n'y a pas d'aide efficace si elle ne s'attaque pas aux causes de la détresse et de la pauvreté. »

Les premiers subsides publics sont ceux du Ministère de la Santé publique et de la famille en 1975.

En même temps, une quinzaine de projets ont connu un parcours de quelques années ou décennies, puis ont passé le relais à une initiative publique comme les bourses du logement et de l’emploi, le service d’aide aux personnes agressées, ou encore SOS Solitude.

On peut ainsi avoir la maturité de mettre fin à un bon projet parce que d’autres pourront mieux le réaliser avec plus de moyens. Charles Gielen disait qu’il faut créer un service quand le besoin existe, mais que dès que d’autres peuvent le prendre en charge, il faut passer la main !

En 1984, il appartiendra à Léon Lemercier (président de l'époque) de recruter Christian Wijnants, comme directeur, dans une époque fertile en nouveaux projets mais aussi au moment de faire face à la communautarisation des matières personnalisables.  Le fondateur avait déjà imaginé la coexistence de deux centres: un centre néerlandophone et un centre bilingue et bicommunautaire.  Au moment de la création de la Région bruxelloise, il fallut faire un choix et c'est l'option Cocof qui fut retenue.

En 1991, Léon Lemercier recrute Luc Uytdenbroek qui, pendant 13 ans, pilotera comme troisième directeur, l'association et participera à la mise en place de l'agrément du CASG (Centre d'Action Sociale Globale) qui est à la base d'une mission et de subsides structurels par la Commission communautaire française de la région de Bruxelles-Capitale (dire Cocof).

2000 : changement de siècle et d’adresse

Luc Uytdenbroek va, avec l’aide du troisième président Jean-Marie de Munter, penser le déplacement des 7 maisons de la rue du Boulet pour les faire migrer vers un bâtiment unique, à transformer.

Ce sera l’époque d’un chantier immobilier, mais aussi d’un chantier relationnel car on passe de maisons presque autonomes à un « espace social » qui aura encore à faire sa cohérence. Ces chantiers marqueront aussi le changement de dénomination de l’asbl qui devient alors officiellement « Espace Social Télé-Service ». Le changement de nom évoque, à l’instar d’autres Espaces (Malibran, Senghor, Cardin), une offre plurielle, une complémentarité d’interventions possibles, la possibilité d’un déploiement collectif et communautaire et le dégagement d’une issue pour les personnes dans un cadre élargi.

En 2003, Michel kesteman remplacera Luc Uytdenbroek à la direction d'Espace Social Télé-Service.  Venu du secteur mutuelliste et actif dans la vie associative, il travaillera durant 12 ans à allier l'attention aux personnes et le souci de rigueur budgétaire pour faire face aux conséquences de la crise.  Il insista sur l'importance du travail en équipe et l'action sectorielle, en privilégiant les approches intégrées et transversales santé-social comme réponse aux problèmes de la ville et des personnes. 

2015, nouveau passage de relais à la direction d'Espace Social Télé-Service avec l'arrivée de Valérie Ska.  Changement de genre et de génération mais pour poursuivre un seul et même objectif, celui de la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale.

Les amis de vos amis

Certains s’étonnent de la pérennité d’un tel projet, de sa vivacité, de son adaptabilité, de sa créativité. Il faut parfois y mettre des freins et cadrer par une journée au vert ou un plan stratégique. Il faut parfois y mettre du travail pour approfondir les liens de la complémentarité, des partenariats, de la coordination, du réseau, mais nous savons que seuls nous ne pouvons rien faire.

On n’existe pas seul. On n’est efficace qu’à plusieurs. Et on n’oublie pas nos équipes d’amis qui, de génération en génération, mobilisent leurs proches, leurs entreprises pour soutenir nos événements de recherche de fonds ou faire parler de nous en marchant, en chantant, en passant à table avec les restos solidaires, en jouant au golf, ... 

Nous ne pouvons que vous suggérer de nous rejoindre et d’en parler autour de vous.